N'Djamena Hebdo
La liberté de la presse est un droit  
 
Dossier lu dans la version papier de
N’Djaména bi-Hebdo n° 1000
10 janvier 2007
 
 
L’aventure

NDJH
 
 
 
 
 
 
 
L’édition du millième numéro n’est pas chose banale dans la vie d’un journal. N’Djaména Hebdo a mis 17 années pour atteindre ce chiffre que certains confrères n’ont pas pu atteindre avant de disparaître. N’Djaména Hebdo compte parmi ses fidèles lecteurs des personnes nées après sa création. Aussi, son histoire est intimement liée à celle de la démocratie tchadienne. Une démocratie pour laquelle le journal a lutté pour son instauration effective au Tchad. Une lutte menée, quelque fois, dans la douleur. Aujourd’hui encore, les entraves de la libre expression sont posées à travers la censure préalable par les tenants de la pensée unique. Elles nous empêchent de célébrer cet anniversaire, oh combien, important avec faste.

La rédaction a réduit ses ambitions en se focalisant dans ce millième numéro aux souvenirs, témoignages et hommages. Les souvenirs sont les premiers articles publiés par Ndjh et qui affichent clairement le choix du journal: la lutte pour l’éclosion de démocratie au Tchad au moment où des chances s’offrent au Tchad avec l’arrivée d’une nouvelle classe dirigeante. Aussi doutions-nous déjà de la capacité des nos dirigeants de l’époque à relever les défis majeurs du pays. Hélas, 17 années plus tard, l’histoire nous donne raison avec en prime le recul des libertés.

Les témoins de ce qu’on pourrait appeler "aventure N’Djaména Hebdo" dont les contributions sont publiées dans ce millième numéro, n’ont pas manqué de souligner la part du combat de Ndjh pour l’édification d’un Etat de droit au Tchad. Un témoignage pour l’histoire. Ces témoins nous encouragent à ne pas baisser les bras. La rédaction les remercie pour ces encouragements.

Enfin, Ndjh est avant tout une équipe d’hommes, ayant un dénominateur commun: le goût du risque pour faire triompher la Liberté. Certains ont cheminé avec nous avant d’être fauchés par la mort, pour la plupart à la fleur de l’âge. D’autres sont allés à la quête des conditions de vie meilleures. Nous reconnaissons que sans eux notre aventure n’aurait pas été bien loin. Nous avons choisi de saluer la mémoire de ces confrères à travers quelques colonnes de notre millième numéro et aussi leur dire que "l’Aventure Ndjh" continuera.

La Rédaction.


Editorial
Lu dans le N°10 de décembre 1990 :

Plus jamais ça


Le Mps au pied du mur

 
Le Tchad, une fois encore, vient de tourner une des pages les plus sombres de son histoire politique. Mais aujourd’hui plus qu’avant, nous sommes véritablement à la croisée des chemins. Les grandes options du M.P.S. énoncées, nous devons en mesurer les conséquences. En premier lieu, force est de constater que beaucoup d’observateurs sont sceptiques quant à la capacité de maîtrise des problèmes par la nouvelle équipe dirigeante. Ce scepticisme, nous croyons savoir, a deux explications.

D’abord la coalition au pouvoir est trop hétéroclite pour avoir un pro¬gramme de gestion du pays cohérent.. D’où les dangers et menaces que tout le monde craint à juste titre. A peine réinstallés à N’Djaména, tous ces Messieurs ont retrouvé leurs réflexes d’antant, chacun cherchant, individuellement ou en groupe, à nouer des alliances pour préparer, on ne sait quelle échéance.

Ensuite, la structure gouvernementale est une pâle copie de la précédente: on s’est juste contenté de gommer les noms, ce qui suppose que le MPS n’avait pas songé auparavant à la question. Nous nous retrouvons avec une équipe de plus de 30 membres, alors que la moitié eut été suffisante. La situation imposait en effet le regroupement de plusieurs ministères pour former un gouverne¬ment réduit, avec des objectifs précis et limités dans le temps. Une telle démarche, moins coûteuse et plus efficace, nous aurait mis à abri des surprises désagréables et des situations cocasses dans la composition du gouvernement.

Notre crainte vient de ce que nous mettons en doute la qualité et la capacité de certains commissaires qui, sachant qu’ils sont en place pour une période courte et dans l’incertitude de leur reconduction peuvent facilement succomber à des sollicitations et tentations de tous genres. A cet égard, il nous parait inutile d’entamer la valse des directeurs dans une administration qui commence à trouver la bonne vitesse. Certes, il y a des services "sensibles" où des changements s’imposent, mais pour l’essentiel les technocrates en place peuvent continuer leur mission.

Au plan strictement politique, on a l’impression que la machine tourne à vide alors que les Tchadiens ont atteint un degré de maturité politique élevé. A N’Djaména où rien ne passe inaperçu, on dit ici et là que le MPS s’apprête à mettre en place ses structures de base pour se préparer à la concurrence. Nous osons croire que ce ne sont que des rumeurs de quartier et que l’organe dirigeant ne choisira pas l’illégalité pour gouverner.

En effet, dans ce domaine, que se soit le MPS ou la multitude des "Front, Union, Rassemble¬ment, Mouvement et autre Parti" en gestation doivent avoir la décence d’attendre que les règles du jeu soient fixées. A cet égard, le MPS devrait, dans trois mois au plus, réunir une conférence nationale qui déterminera les orientations et la démar¬che à suivre pour aboutir au multipartisme: lois sur les associa¬tions politiques et les élections, constitution, gouvernement pro¬visoire, élections locales, législatives et présidentielles. Un délai de deux ans nous parait raisonnable.

En attendant, il nous a semblé opportun de rappeler quelques principes qui concourent positivement à l’instauration de la démocratie: bannir à jamais le culte de la personnalité, rejeter définitivement le pouvoir personnel, réinstaurer la notion d’éga¬lité des ethnies et des citoyens, bâtir un Etat de droit et proscrire pour toujours les délits d’opinion.

La Rédaction.


Article

Lu dans le N°10 de décembre 1990 :

Les premières heures du Mps à N'Djaména

Sans vergogne, ils tentent de se replacer.

 
C’est sous un ciel dégagé que les premiers véhicules du Mouvement Patriotique du Salut ont fait leur entrée le matin du 2 décembre 1990 à N’Djaména. Alors qu’à 10 heures et trente minutes nous roulions, lentement vers la sortie nord-ouest, de la capitale, des tachés sombres et mouvantes se dessinaient à un kilomètre devant nous, au-delà des installations des Brasse¬ries du Logone. A peine avions-nous le temps de nous interroger sur ce nuage de poussière que de brefs si¬gnaux lumineux nous par¬vinrent. Nous nous rendîmes rapidement compte que ces appels de phares étaient en fait une sommation des for¬ces du mouvement patrioti¬que du salut au-devant desquelles nous nous ren¬dions.

Sans débordements

Après avoir décliné notre identité, expliqué que nous étions là en reporters et après quelques prisés de vue, nous voilà repartis en direction de N’Djaména dans le cortège de nos "hôtes" aux cheveux poussiéreux, les yeux perçants, foulards flottants, fanions aux cou¬leurs nationales à l’avant des Toyota.

Un peu fatigués, ces com¬battants à l’accoutrement de guérilleros étaient apparemment satisfaits du dispositif mis en place par le "comité d’accueil" à N’Djaména. Dès l’abord des faubourgs de la capitale, notamment devant les ins¬tallations des brasseries, un officier français stoppe la "diligence" et fait savoir

aux combattants qu’il est porteur d’un message de son gouvernement au colonel Idriss Déby. Le document ne sera toutefois pas réceptionné, car le Prési¬dent du MPS n’était pas de cette colonne. Qu’à cela ne tienne, des poignées, de mains seront tout de même échangées avec les respon¬sables du MPS venus en éclaireurs parmi lesquels le numéro 2, le Lt Maldoum BADA. L’on retiendra entre autre propos de l’officier de l’Opération Epervier que le "Colonel Idriss DEBY n’a rien à craindre, ici il est en sécurité". Après cette étape, le convoi devait poursuivre son chemin, en¬trant en ville sous des acclamations des passants , un accueil auquel les combattants répondaient sans aucun coup de feu alors qu’on s’attendait à des crépitements de "Kalach", de tirs de joie en de pareilles circonstances.

Au Novotel "La Tchadienne" où sont descendus le vice-président Maldoum Bada, le commissaire à la défense Djibrine Dasser et le chef d’Etat Major du MPS, Abbas Kotti, attendaient des mem¬bres du gouvernement de Hissène Habré, des parle¬mentaires et quelques offi¬ciers de l’ancienne armée. Sous le regard ébahi des clients de l’hôtel, le Pré¬sident de l’Assemblée Na¬tionale et le vice-prési¬dent du Comité Exécutif du MPS se sont jetés l’un dans les bras de l’autre avant de se retirer pour un tête-à-tête suivi d’une réunion élargie à des responsables de haut niveau du régime déchu.

En fait de responsable, il y en avait en grand nombre dans cet hôtel: ministres, parlementaires, commissai¬res de l’Unir, membres du Comité central, directeurs généraux, directeurs de service et autres personnes du sérail d’antan. Mais pourquoi tout ce beau monde se serait-il réfugié là sous la protection de l’armée française? Contre d’éventuelles exactions étant donné le rang qu’ils occupaient sous l’ancien régime!

Epanchement indécent

Crainte compréhensible mais alors pourquoi toutes ces agitations dans les couloirs et, le hall? Des rires à fendre les lèvres, de trop chaudes poignées de mains, des accolades musclées, des invitations insistantes à partager un pot au bar, des oreilles prêtes à écouter tout ce qui se dit à côté, des clins d’œil à chaque fois que s’ouvre une porte ou claque un battant, des appels intempestifs en chambres, bref ça bougeait au Novotel dès les premières secondes du MPS à N’Djamena. Dégoûté par l’étalage indécent de sensiblerie, un observateur fera remarquer que "tous ces messieurs là cherchent des postes auprès du MPS, pour ça ils sont prêts à mentir, à affirmer qu’ils attendaient la prise de pouvoir par l’opposition depuis longtemps!" Eh oui le ridicule ne tue pas. Même agitation au sein dû "Comité d’accueil" où l’on se faisait recruter pour se faire remarquer. Souvent très maladroitement. Pour peu que certains membres de cette "organisation" vous aperçoivent, ils déclarent qu’ils sont du Comité comme si quelqu’un le leur demandait.

Pendant que se déroulaient les tractations, de nouvelles colonnes de Toyota, de Jeep et de Land-Rover équipées de DCA, de mitrailleuses et autres armes de gros calibres, chars, ni AML entraient à N’Djaména pour renforcer celle de l’avant- garde dans l’attente de l’arrivée du colonel Idriss Déby.
Jusque-là, les journalistes ont de quoi "mettre sous la dent" mais le plat est partiellement servi: les chasseurs d’images sont quelque peu satisfaits mais, du côté du son c’était muet, le Vice-Président du MPS ayant repoussé les sollicitations de la presse à plus tard. L’on comprendra que le souci du N° 2 du Comité Exécutif du MPS était de ne pas ravir la vedette au Président. Alors où est Déby? Quand viendra-t-il à N’Djaména et par où? Autant de questions que se posent les journalistes, appareils photo armés, flashes allumées, caméras sur l’épaule, perches tendues, Nagras entre-ouverts, bandes montées, niveau des piles vérifié. Une véritable armada du quatrième pouvoir.

En toute simplicité

15 heures. Chaude alerte au Novotel: le Président arrive, mais pas du côté de l’hôtel. Branle-bas. Les journalistes démontent à la hâte leur dispositif et décrochent en direction du Camp des Martyrs. La presse nationale tchadienne chroniquement malade de moyens de déplacement dût se débrouiller. Des journalistes de la Radio Nationale se sont imposés à des confrères français qui tentaient de partir sans eux: accrochés aux portières arrières, deux confrères n’ont pu grimper à l’intérieur de la voiture qu’après un parcours d’une vingtaine de mètres.

Au camp des Martyrs, le Colonel arrive simplement, descend d’une Toyota comme nombre de ses combattants, il a la tête protégée par un "Keffieh". Dans les locaux de l’ancien Etat-Major, il s’accommodera d’un modeste bureau aux murs nus. C’est là que le Président du MPS accordera sa toute première interview à N’Djaména. Les mots "démocratie", "multipartisme" et autres qui annoncent tout au moins une ouverture politique y revenaient abondamment. Après cette rencontre avec la presse et la déclaration à la Nation, l’homme de la rue commente et attend le MPS "au tournant". Tant il est habitué à des déclarations alléchantes faites par les hommes politiques qui se sont succédés dans ce pays.

M.Fackir K.

 
 
 
N'Djamena Hebdo
Tchad (Afrique centrale) 17ème année
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